Mécompréhension entre Self Défense et Sport de Combat (Part 1)

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Autant le dire dès le début, ces deux mondes ont beaucoup de mal à communiquer ensemble. La raison est simple, nous sommes sur des paradigmes de l’affrontement physique complètement différents. Je vais faire une série d’articles sur le sujet parce que je trouve l’un ou l’autre des aspects des systèmes de combat et plus spécifiquement pour le Jiujitsu et de la Luta Livre, passionnants.

Un des points d’incompréhension de nos pratiques, c’est qu’un sportif de combat type grappler ou striker estimera que la self défense ne fonctionne pas, simplement parce que dans un affrontement conventionnel, les gars de la self se prenne la plupart du temps une rouste. Et cela même dans ce que le Krav Maga nomme combats durs. D’ailleurs, j’ouvre une réflexion et je reviendrai dessus dans de prochains articles : connaissez-vous des gars forts en combat ne venant que d’un style de self, c’est-à-dire sans complément dans un club de boxe, de lutte ou jiujitsu ?

La sémantique va avoir beaucoup d’importance, dans ma question, j’interroge sur un combat, c’est-à-dire une opposition physique dans lequel nous opposons des techniques avec pour objectif, le ko ou la soumission. Pour les sportifs, l’opposition est automatiquement un combat. Cependant, pour un pratiquant de self défense, l’idée est d’éviter le combat. Ce dernier ne serait que la conséquence d’une ‘non réussite’ de l’action de défense.

Reprenons des notions intéressantes à prendre en compte quand on parle de self défense. Il y a plusieurs étapes :

  • La phase ritualisée : c’est l’altercation avec un échange de mots et des body langage de prise de pouvoir. Si cette phase n’existe pas, c’est souvent très galère de s’en sortir même entrainer.
  • La phase d’agression : l’agresseur passe à l’offensive physique dans le but de blesser.
  • La phase de self défense: moment qui dure de 3 à 30/40 secondes, qui doit permettre de finir avec l’agression, pour s’échapper. Il peut y avoir que des esquives, des frappes ou des projections/sol.
  • La phase d’opposition: nous avons dépassé les 45 secondes et nous ne sommes pas parvenus à en finir avec l’altercation, il y a une opposition, plus d’effet de surprise, plus simplement de la défense mais aussi beaucoup d’attaques. On entre dans des phases plus boxées ou luttées.

Souvent quand les sportifs parlent de self défense, ils pensent à la stratégie et les actions de la phase d’opposition, mais pas à la phase de défense personnelle qui logiquement ne se passe pas dans une opposition pure, l’agresseur travaillant la plupart du temps sur une pression (poussée ou tirage) et une percussion (tête, poing, pied). Ce n’est pas un enchainement ou une projection travaillée. Le pratiquant de self va se spécialiser sur cette phase et la gestion du ritualisé.

Donc effectivement, ils ne sont pas nécessairement préparés à un affrontement dans une salle, un ring, une cage ou même la rue, face à un combattant qui ne travaille que sur de l’opposition avec des rounds, un temps de combat. Il y a des distances, des compétences physiques, techniques ou stratégiques qui ne seront que rarement assimilés. Dire pour autant qu’ils ne soient pas efficaces, serait à mes yeux une erreur, ils ont un arsenal technique orienté dans une thématique précise.

Nous pouvons donc débattre des heures sur ce qui est efficaces ou non dans la rue, nous ne parlons pas des mêmes dimensions, c’est donc sans issu.

Be One

Pank

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Le combat de la rue n’est pas faire de la sécurité …

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Dans le monde de la self défense, nous connaissons tous des professeurs et des pratiquants qui prônent l’efficacité de leur système grâce à l’expérience de terrain.

Pourtant quand on demande le background de ‘terrain’ qu’ils ont derrière, cela se résume à la « sécu ».  Faire portier ou la sécurité est un boulot difficile, stressant et malheureusement assez peu considéré. Il peut y avoir régulièrement des altercations, des coups bas et des violences pouvant aller jusqu’aux armes.

Dans ce contexte, il y a effectivement une utilisation du système de combat, avec pour la majeure partie du temps une ‘victoire’ du vigile.

Cependant, ce cadre n’est en rien celui de la rue. Quand nous sommes dans le métier de la sécurité et j’irai à étendre cela à la police et aux militaires, nous sommes dans une situation pour laquelle nous sommes des professionnels. Nous sommes payés pour accepter que cela puisse en arriver aux mains.

Quand nous allons au boulot, cela ouvre un état psychique prêt à la confrontation, à la violence. Dans la rue, à moins d’être paranoïaque ou plus communément névrosé, nous ne sommes pas en ‘alerte’. 

Cette dimension psychologique n’est pas nécessairement prise en compte par ‘l’expert du style efficace’ qui lui a pu l’utiliser dans un monde professionnel avec 90% du temps le soutien d’autres partenaires. Même si ses derniers n’interviennent pas, nous sommes dans une confiance plus grande quand on sait que l’on a une équipe prête à intervenir.

Dans la rue, on se retrouve parfois avec des potes dont on ne sait pas si leur réaction sera : fight, freeze ou flight. D’ailleurs, instinctivement, un groupe se sent toujours plus ‘sure’ , quand il sait qu’il y ait constitué de bagarreurs ( il suffit de voir les sorties entre gars d’un même club d’arts martiaux).

Alors à l’académie, des instructeurs de qualité offrent leurs connaissances terrains, pour des situations qu’ils n’ont jamais ou rarement vécus à part avec leurs équipes ou en ‘missions’. Comment peut on en ce cas savoir ce qui se passera quand l’agression sera impromptue, que nous ne sommes pas dans le mode combat, que nous sommes avec femmes et enfants ?

Comment savoir si des stratégies testées dans le cadre militaire, policier ou de sécurité, pourra convenir à un civil avec toutes les restrictions légales, les situations différentes et surtout le manque de préparation mental.

La rue c’est moche, c’est souvent quand on est seul, qu’on ne s’y attend pas et c’est possiblement une sensation de vie ou mort. Notre monde martial prépare-t-il vraiment à cela et est il efficace pour cette violence ?

Vous le savez, ma perception est que le travail en opposition ( Je ne parle pas de 2 assauts en fin de cours) est peut être ce qui nous donnera le plus de possibilité de survivre dans ces situations, parce ce que nous sommes pas dans un encodage technique mais un développement instinctif face à une force adverse qui ne se fera jamais faire jusqu’au ko ou la soumission.

Prenez soin de vous.

Be One

Pank

 

 

La Self Defense (Part 2) : Gestion du réel

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Dans un précédent article, j’ai mis en avant le fait que la self défense, aujourd’hui est enseignée de façon figée. Il est vrai que pour enseigner certains mouvements, les professeurs l’habitude de coder leur système. La répétition d’un mouvement doit créer un paterne d’automatisation et une réponse à une agression prédéterminée.

Cependant, dans la dynamique d’une agression ou d’un combat, l’ensemble des processus cognitifs que nous avons pu mettre en place pour répondre à une action figée, ne pourra avoir effet dans un modèle plus actif.

L’intelligence de notre cerveau et d’intelligence comportementale est de répéter un schéma qui connaît afin de minimiser l’effort de ce schéma. Cependant si le stimulus est différent de celui avec lequel nous avons été conditionnés, la réponse ne sera plus valable.

Il suffit pour cela de voir les expériences de Pavlov, pour comprendre que si le chien répond à la cloche, il ne répondra pas à la trompette.

Que se soit les systèmes traditionnels comme le Kung-Fu, le Karaté, l’Aikido ou des systèmes plus modernes comme le Krav Maga, nous retrouvons un enseignement qui ne libère pas l’apprenant dans sa démarche d’action.

La plupart des experts en self défense, sont pour d‘anciens pratiquants de Boxes, de judo ou de styles d’oppositions. La prise de conscience de ses appuis, de la distance, la dynamique, de l’action réaction ou du coup d’oeil provient la majeure partie du temps des compétences qui ont été développées dans un sport qui imposait l’adaptation à l’opposition connue dès le départ des deux parties.

Dans le combat de rue, l’un des deux parties n’est pas dans les conditions pour optimiser l’ensemble des éléments afin de gérer la distance, la puissance ou l’agressivité. Ce qui est souvent critiqué dans les sports de combat est l’ensemble de limites que les systèmes imposent. Il n’y a pas de frappe dans les yeux, dans les parties ou de morsures.

Seulement, pour tous ceux qui ont été combattre sur ring, une cage ou un tatami, le corps et l’esprit ont déjà vécu cette sensation de stress intense liée à l’activité de survie et de combat. Ce n’est pas une simulation dans Le cadre encore plus sécurisant que celui des règles de compétition (L’académie).

De plus la réalité d’un combat d’opposition enseigne l’humilité des techniques pour mettre hors de combat à partenaires ou soumettre ce dernier. Dans la simulation de frappes multiples à la gorge dans les yeux ou aux parties, il y a une quête de toute-puissance qui, certes à la qualité de donner confiance à ses pratiquants, mais risque de faire croire en une efficacité relative une fois le stress présent, diminuant pour la majorité des personnes la vitesse, la puissance et la précision.

Dans un prochain article je reviendrai davantage sur le principe psychologique qui prend toute son importance dans la pratique de la défense personnelle. Comme je vous l’avais déjà souligné dans le premier article, les névroses paranoïaques dans les arts martiaux sont présentes. Dans la seule défense, elles sont exacerbées comme étant une qualité pour la survie dans le monde urbain dans lesquels nous vivons aujourd’hui.

Prenez soin de vous

Be One

Pank

La Self Defense (Part 1) : Introduction

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Un sujet tout aussi tendu que la ceinture noire en BJJ.

La self defense, pour beaucoup l’objectif de nos pratiques martiales. Tous les styles ont une facette de self, beaucoup ne sont que cette facette.

Pour moi, dans un pays comme le notre, c’est à dire loin des conflits armés et même dans cette période de ‘terreur’, faire de la self défense dans l’optique de se protéger d’agression est l’expression d’une névrose.

Non pas que l’idée soit louable, j’ai été le premier à entrer dans un dojo pour être fort et me ‘défendre’ (voire attaquer..) dans la rue. Seulement, ne passer son temps qu’à se préparer à une agression potentielle, cela facilite nos penchants paranoïaques.

A l’exception des personnes qui vivent dans un milieu très lié aux combats : Force de l’ordre, videur, sécurité … Notre probabilité de nous faire agresser est faible, et de cette situation rare, la possibilité que cela entraîne une attaque physique l’est encore plus.

En effet, il y a un ensemble de ‘rituels’ d’agression pour justement éviter d’en arriver à se battre et mettre en danger son physique ( autant pour l’agresseur que pour l’agressé). S’il n’y a pas rituel, par exemple un gars qui arrive et vous plante un couteau, ou une foule qui court vers vous avec des barres de fer, notre chance de sortir de la situation, est infime… à moins d’être paranoïaque…mais dans ce cas, nous ne sortons quasiment plus.

La self defense donc nous prépare à une éventuelle agression dans la vie en nous proposant des situations diverses. Des saisies, des attaques de pieds et de jambes, des attaques avec des armes. Toutes ces actions s’apprennent de façon très codifiée. Que se soit dans du Goshin Jutsu , du krav maga ou du Silat, les partenaires partent d’une statique sur une attaque, et notre système nous enseigne la réponse adéquate.

Pour avoir pratiqué du Karaté, du Jujitsu ‘self defense’, de l’Eskrima, du Krav… et assisté à de nombreux stages, je suis toujours dubitatif de nous enseigner une réaction sur une action mais pas sur un mouvement (dynamique d’action). 

L’agression n’est pas une situation statique, elle est en plus une succession d’actions, et rarement une seule. Alors quelques styles comme certains WingTsun ou Silat, ont trouvé l’astuce, frapper le premier.. au moins pas d’action et surtout pas de mouvement. La question serait alors… qui agresse qui

Voir la self defense sans dynamique de mouvements revient à proposer un Bunkai d’un kata, c’est à dire une application figée d’un mouvement que l’on souhaite en plus rendre ‘instinctif’…

Je reviendrai sur différents points, notamment le mouvement, le réalisme de l’apprentissage, l’aspect psychologique où l’on ne transforme pas un mouton en loup … dans des articles à venir.

Faites ce que vous aimez, soyez heureux dans vos pratiques.

Be One

Pank

Hypnose et Arts Martiaux : Améliorer ses réactions, par l’hypnose, en cas d’agression

Voici une vidéo que j’ai partagé sur mon blog d’hypnose, qui pourrait donner quelques idées sur les principes utilisables, issus de l’hypnose, en cas d’agression dans la rue.

Les arts martiaux utilisent de nombreux types de transes, seulement dans la dynamique du combat de rue, les choses sont complètement différentes. Savoir interrompre un pattern et gérer sa dynamique, sans tomber dans des zones de stress trop importantes, est une démarche que malheureusement, peu de systèmes de combat proposent.

L’hypnose, la pnl et de nombreuses méthodes de développement peuvent améliorer de façon significative les choses, néanmoins, la possibilité de succès dans le cas d’une réalité de combats ‘imprévus’ dans la rue, peut parfois être trop aléatoire pour être un outil sûr.

Prenez soin de vous.

Be one.

Pank